Un nouveau visage pour le ludospace compact : Dacia Jogger hybride à lessai
Avec la démocratisation de l’électrification et la hausse régulière des prix de l’automobile, jamais la catégorie des véhicules familiaux abordables n’a autant attiré l’attention. Dacia le sait mieux que quiconque : la formule du Jogger, lancée en 2022 avec des moteurs thermiques, s’est rapidement imposée pour sa polyvalence, son tarif plancher et son sens de la simplicité. En 2023, le constructeur franco-roumain ajoute à l’équation une version « Hybrid 140 » : une motorisation à la fois plus vertueuse à l’usage et susceptible de séduire les conducteurs urbains ou périurbains attentifs à leur budget carburant. Mais tient-elle toutes ses promesses ? Nous avons mené l’essai longue durée de ce ludospace atypique, entre vie de famille et trajets du quotidien, pour vous en livrer un compte-rendu complet, fidèle à l’ADN Carnet Nomade : utile, concret… et franc sur les points faibles.
Design extérieur : l’astuce d’un break, l’allure d’un SUV
Difficile de rattacher visuellement le Jogger hybride à une seule catégorie. Son gabarit longiligne (4,55 m), sa garde au sol valorisante (20 cm) et ses protections plastiques évoquent le monde des crossovers, tandis que la ligne de toit tendue et l’ouverture béante du coffre rappellent le break traditionnel. Les jantes 16 pouces, la nouvelle signature lumineuse Dacia et la calandre discrète viennent moderniser un ensemble finalement consensuel — mais la recette plaît. Pas d’affectation excessive : le Jogger se fond naturellement dans tous les contextes, du centre-ville aux routes de campagne.
Quelques détails trahissent la version hybride, à commencer par les badges « Hybrid » et la trappe de carburant flanquée d’une prise électrique factice (la batterie se recharge en roulant, et non sur prise). Les barres de toit modulables, astucieuses et robustes, témoignent du sens du pratique propre à la marque. Le Jogger se veut sans chichis et ça fonctionne : la modularité prime sur le tape-à-l’œil.
À bord : espace XXL, simplicité et modularité intelligente
La force du Jogger réside clairement dans sa capacité à accueillir : jusqu’à sept passagers dans cette version hybride, ou cinq avec un coffre monumental (708 litres en cinq places, 160 litres en sept). L’accessibilité aux places arrière reste excellente, même pour les enfants, grâce à une banquette 2/3-1/3, et les sièges du 3e rang (amovibles) conviennent à de jeunes ados ou à des adultes sur de courts trajets. Hauteur sous plafond et espace aux genoux sont généreux pour la catégorie.
En planche de bord, l’ergonomie mise sur la simplicité. Plastiques rigides assumés, mais bien ajustés, affichage numérique 7 pouces et écran central tactile (optionnel selon finition) permettent une prise en main intuitive. Apple CarPlay, Android Auto, navigation et caméras de recul sont au rendez-vous dans les versions bien équipées (Expression, Extreme…). Petit plus familial : la myriade de rangements, de vraies prises USB et même un espace amovible au niveau du tableau de bord.
Pour les voyages, on apprécie le plancher de coffre plat lorsque les sièges du rang 3 sont retirés, et la modularité du véhicule : il devient aisé de charger une poussette, des vélos pliants ou le matériel de camping pour les grandes escapades.
Moteur hybride : sobriété, douceur et vraie économie au quotidien
Dacia a choisi la technologie E-Tech Hybrid du groupe Renault : un 4-cylindres 1.6 l essence de 90 ch, épaulé par deux moteurs électriques pour une puissance cumulée annoncée de 140 ch et une boîte auto à crabots sans embrayage. La batterie de 1,2 kWh permet d’effectuer de nombreux trajets urbains en tout-électrique à basse vitesse, sans obligation de recharge sur secteur.
Sur la route, les premiers kilomètres surprennent par la grande douceur de fonctionnement à faible allure. En ville, le Jogger avance en silence, démarre souvent sur le mode électrique et se montre très doux dans les manœuvres et la circulation dense. Dès que le rythme s’accélère (voies rapides, insertion autoroutes), la transition avec le moteur thermique se fait sans à-coups marqués, même s’il peut grimper dans les tours lors de relances musclées.
Le grand atout du Jogger hybride se confirme à la pompe : nous avons noté sur 1 500 km d’essai une moyenne de 4,6 à 5,0 l/100 km sur des parcours mixtes — rivalisant ainsi avec certains diesels compacts — et descendant sous les 4 l/100 km dans des conditions urbaines, à condition de doser son pied droit. La récupération d’énergie au freinage fonctionne efficacement, et on peut circuler en tout-électrique entre 30 et 50 % du temps selon le contexte.
Comportement routier : un vrai sens de l’équilibre… tant que l’on reste dans sa zone de confort
Sur route, le Jogger étonne par sa stabilité. Il n’est ni sportif ni nerveux, mais il avale les kilomètres sans fatigue, même chargé à bloc. Le châssis digère bien les mauvais revêtements, les trains roulants inspirent confiance, et la position de conduite légèrement surélevée offre une visibilité appréciable. La direction, légère en ville, devient rassurante sur autoroute.
Avec ses 1 400 kg à vide, le Jogger hybride n’aime pas être brusqué. Les accélérations sont correctes (0-100 km/h en un peu moins de 10,5 s), mais les reprises demandent une anticipation, surtout à pleine charge et sur autoroute. À rythme familial et raisonnable, il fait preuve d’une belle sérénité, doublée d’une insonorisation notablement améliorée par rapport aux versions thermiques.
Technologies embarquées et équipements : du sérieux, sans surenchère
L’équipement du Jogger hybride dépend de la finition. Les versions hautes (Expression, Extreme) proposent la climatisation automatique, le démarrage sans clé, l’allumage automatique des feux et essuie-glaces, la caméra de recul et les aides conventionnelles (ABS, anti-patinage, six airbags). La dotation est sobre mais pertinente : pas de gadgets superflus ni d’aides à la conduite exubérantes, mais l’essentiel pour partir en vacances sereinement.
Côté sécurité, le Jogger coche les cases fondamentales : freinage automatique d’urgence, assistance au démarrage en côte, régulateur/limiteur de vitesse. Les aides à la maintenance dans la voie ou le régulateur adaptatif restent absents, mais le positionnement tarifaire le justifie amplement.
Plaisir apprécié au quotidien : la simplicité de connexion smartphone, la facilité d’adaptation des enfants avec des commandes logiques, une vision claire et une facilité d’entretien du véhicule, de la carrosserie au compartiment moteur.
Coût d’utilisation et entretien : le vrai secret d’un succès durable
Dacia conserve ici un de ses atouts maîtres : le Jogger hybride affiche un tarif de base sous la barre des 25 000 euros (bonus déduits, hors options et selon promotions locales), ce qui en fait le véhicule hybride 7 places le plus abordable du marché français. À équipement équivalent, la concurrence n’offre ni ce volume ni cette habitabilité.
Le coût d’entretien, souvent point faible des hybrides, se révèle maîtrisé : pas d’embrayage à changer, peu de contraintes mécaniques, et un calendrier de révisions similaire à celui des Jogger thermiques. Les assurances restent raisonnables, et la fiscalité avantageuse pour certains profils (carte grise gratuite selon régions, stationnement facilité dans quelques communes).
La garantie 3 ans (ou 100 000 km) s’applique également à la batterie, rassurant les acheteurs inquiets quant à la longévité de l’ensemble hybride.
Points faibles et compromis à connaître avant d’acheter
- Dynamisme en retrait à pleine charge et sur grands trajets autoroutiers (bruit du thermique sous forte sollicitation).
- Finitions modestes sur certaines zones d’habitacle (plastiques basiques, sellerie simple ; logique vu le tarif).
- Volume de coffre fortement réduit en configuration 7 places (moins de 200 L derrière la 3e rangée, à réserver à des enfants ou des petits sacs).
- Absence de certaines aides à la conduite modernes (régulateur adaptatif, surveillance active d’angle mort).
- Pneus d’origine peu adaptés au tout-chemin intense malgré la garde au sol valorisante.
À noter, cependant : l’ensemble des petits défauts relèvent d’un arbitrage assumé, et le Jogger hybride n’avance pas d’autres promesses que celles de la praticité, de la simplicité et du rapport qualité/prix imbattable.
En synthèse : le ludospace hybride des familles enfin abouti ?
L’essai du Dacia Jogger hybride confirme une nouvelle fois l’intuition du constructeur : il existe bien une place pour un véhicule familial, malin, abordable et sobre sans sacrifier le plaisir de voyager nombreux. Permettant d’accueillir six à sept passagers, capable de moduler sa configuration en deux gestes, le Jogger s’impose comme le véhicule de toutes les étapes de la vie : école, vacances, déménagement, grands week-ends, covoiturage ou aides parentales.
Sa motorisation hybride taillée pour le quotidien des familles modernes, son entretien simple et son coût d’acquisition très contenu font de lui un choix pragmatique, mais loin d’être triste ou limité. Il ne séduira pas les amoureux de matériaux nobles ni de performances pures, mais se fait vite pardonner par la liberté au quotidien et l’économie réalisée à chaque plein.
Dacia poursuit son avance en démocratisant l’hybride pour les familles, et le Jogger, en version Hybrid 140, mérite sans conteste sa place sur la short-list de tous ceux qui rêvent d’un monospace sans les tracas, et qui veulent voyager malin, même avec la tribu au complet.