Électrique & hybride

Voiture électrique et copropriété : comment installer une borne de recharge ?

Par Maxime
5 minutes

Vers une recharge à domicile : le défi du passage à l’électrique en copropriété


Avec la montée en puissance des voitures électriques en France, la question de la recharge à domicile s’impose comme un enjeu central, surtout lorsque l’on vit en immeuble. Disposer d’une borne dans sa place de parking permet de tirer le meilleur de sa voiture électrique : autonomie quotidienne, économies et sérénité. Mais le passage de l’intention à la réalisation peut s’avérer complexe lorsqu’on est copropriétaire. Comment procéder ? À quoi faut-il s’attendre ? Voici un guide pratique et concret pour comprendre les étapes, droits et pièges à éviter lors de l’installation d’une borne de recharge en copropriété.


Un droit pour tous les copropriétaires : le « droit à la prise »


Depuis la loi « Grenelle 2 » puis la loi LOM (Loi d’Orientation des Mobilités), tout occupant d’un immeuble équipé d’un parking ou d’un garage a la possibilité d’installer à ses frais une borne de recharge pour véhicule électrique sur sa place de stationnement. C’est le fameux « droit à la prise ». Ce droit garantit la possibilité d’un raccordement au réseau électrique commun de la copropriété, sauf motifs légitimes et sérieux retenus par l’assemblée générale (exemple rare : impossibilité technique avérée).


Concrètement, une démarche administrative s’impose avant de lancer les travaux, même si vous êtes propriétaire ou locataire : il s’agit d’informer préalablement le syndic de copropriété, qui notifiera ou évoquera le projet lors de la prochaine assemblée générale. En pratique, une grande majorité des dossiers aboutissent, surtout avec l’arrivée de solutions collectives clés en main proposées par des opérateurs spécialisés.


Étape 1 : formaliser une demande auprès du syndic


Après avoir étudié votre projet et choisi (déjà ou non) un prestataire, le point de départ consiste à envoyer une lettre en recommandé au syndic, détaillant :

  • Votre volonté d’installer une borne de recharge
  • Un descriptif du matériel pressenti
  • Le plan de raccordement sur votre place privée
  • Le nom de l’installateur agréé (si déjà choisi)
  • Un schéma ou une étude technique sommaire (appréciée mais facultative)

Le syndic ajoutera l’information à l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale. Dans la plupart des cas, la copropriété ne peut s’opposer qu’en cas d’impossibilité technique ou de volonté d’installer une solution collective à très court terme (moins de 6 mois).


Étape 2 : choisir entre solution individuelle ou collective


Deux scénarios principaux existent, chacun avec ses spécificités :

  • La borne individuelle raccordée au réseau commun : C’est la solution la plus répandue pour débuter. Une ligne dédiée est tirée vers votre emplacement depuis les parties communes (compteur général ou local technique). Un sous-compteur assure une facturation précise de votre consommation.

  • L’infrastructure collective pré-équipée ou clé en main : Certaines copropriétés anticipent les besoins futurs et votent l’installation d’une colonne électrique ou d’une « backbone », reliant les différentes places. Cette infrastructure, souvent subventionnée, réduit le coût pour chaque nouvel utilisateur et simplifie la gestion.

Si plusieurs résidents affichent leur intérêt, l’option collective est recommandée. Elle valorise le bien, mutualise l’investissement et limite le foisonnement de câbles dans les parties communes.


Étape 3 : le parcours technique — installation et sécurité


Le choix du matériel doit répondre aux normes en vigueur (NF C 15-100 pour la sécurité, compatibilité avec la gestion de la charge, délestage, etc.). Il est vivement conseillé (voire légalement requis) de faire appel à un installateur IRVE (Infrastructure de Recharge pour Véhicule Électrique) certifié Afnor/Qualifelec.


  • Powerbox mural, borne sur pied, prise renforcée : adaptez la puissance (3,7 à 22kW selon usages, contrat et abonnement EDF) et le type de connecteur (T2, T2S, etc.) à votre véhicule et vos besoins.

  • Un disjoncteur différentiel individuel (protection contre les surintensités/fuites à la terre) est impératif.

  • En copropriété, la traversée des parties communes implique de soigner le passage des câbles — goulottes spéciales, tranchées, etc. La remise en état fait partie du devis.

Dans le cas d’une infrastructure collective, des armoires de pilotage peuvent permettre de gérer la puissance disponible selon les heures ou le nombre de véhicules branchés. Certains opérateurs proposent une gestion dynamique compatible avec les contrats « heures creuses » ou les panneaux photovoltaïques collectifs.


Étape 4 : financement et aides à la recharge en copropriété


Installer une borne en immeuble représente un coût variable : de 1 200 € à plus de 2 000 € pour une solution individuelle, à quoi il faut ajouter les frais de raccordement (parfois majorés selon la configuration du parking).


Bonne nouvelle : plusieurs dispositifs financiers existent pour alléger la facture, notamment :

  • Le programme Advenir : subvention jusqu’à 50 % du montant pour l’infrastructure collective, plafonnée à 960 € par point de recharge individuel (conditions spécifiques sur advenir.mobi).

  • Le crédit d’impôt pour la transition énergétique : jusqu’à 300 € par borne, applicable à l’achat et à la pose, sous conditions.

  • Aides locales et incitations complémentaires : certaines régions, métropoles ou syndicats d’énergie apportent des coups de pouce supplémentaires.

À noter : l’installation de l’infrastructure collective est prise sur le budget global de la copropriété et peut être refacturée, au fil des arrivées, à chaque utilisateur souhaitant s’y raccorder.


Facturation, gestion et usage au quotidien


Le décompte de la consommation électrique s’effectue soit via un sous-compteur affecté au lot, soit via une gestion centralisée : badge RFID, facturation par opérateur externe (Izivia, Zeplug, Enedis, etc.), montant mensuel pour l’accès au service…


La maintenance incombe à l’installateur ou au prestataire choisi, avec la possibilité pour la copropriété de définir un contrat d’entretien annuel.


Sur le plan de l’assurance, la pose d’une borne certifiée ne remet pas en cause la couverture de votre responsabilité civile ou de votre véhicule. Il reste toutefois recommandé d’informer votre assureur, voire le syndic, afin de vérifier les éventuelles clauses.


Les points sensibles et les pièges à éviter


  • Anticipez la demande collective : plus il y aura de demandes individuelles, plus la copropriété aura intérêt à une solution mutualisée. Si vous êtes plusieurs à avoir le projet, mutualisez l’étude !

  • Borne non aux normes : danger : n’achetez pas de bornes non certifiées ou installées par un non-professionnel. Outre le risque légal, vous risquez l’exclusion en cas d’incident.

  • Respectez la procédure : installer sans accord préalable du syndic expose à des poursuites et à une éventuelle remise en état à vos frais.

  • Attention au réseau existant : la vétusté ou la saturation de l’installation (sous-dimensionnement du TGBT) peut rendre le projet coûteux. Une étude préliminaire sérieuse par un électricien IRVE est précieuse.

  • Vente, location : informez le suivant ! : La borne devient accessoire du lot, sauf disposition contraire. Anticipez la question pour faciliter la revente ou la location.

Questions courantes sur la recharge électrique en immeuble


  • Peut-on m’imposer de démonter la borne lors de mon départ ? Sauf accord contraire, la borne reste attachée à la place de parking.
  • Locataire, ai-je le droit d’initier la procédure ? Oui, avec l’accord du propriétaire bailleur.
  • Quels sont les risques d’incendie ? Très limités avec une borne homologuée et une installation réalisée par un professionnel IRVE.
  • Peut-on raccorder plusieurs bornes ? Oui, selon la configuration et la puissance disponible ; d’où l’intérêt d’une colonne collective.

La recharge en copropriété, évolution incontournable


Installer une borne de recharge en copropriété n’est plus un parcours du combattant. Légalement encadrée, souvent soutenue par des aides substantielles, cette démarche prépare l’avenir : un logement équipé valorise sa cote, l’usage au quotidien devient simplifié, et la mutualisation gagne peu à peu les immeubles français. Les freins psychologiques et techniques reculent à mesure que l’offre s’élargit et que syndics, copropriétaires et installateurs gagnent en expérience.


Le conseil-clé ? Engagez le dialogue tôt avec votre syndic et d’autres voisins intéressés, privilégiez la qualité (choix de l’installateur et du matériel), et n’hésitez pas à solliciter les dispositifs d’accompagnement proposés par les pouvoirs publics.


Bientôt, dans la majorité des copropriétés, la question ne se posera plus tant il paraîtra naturel de recharger sa voiture aussi simplement que son smartphone… à la maison.

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