Électrique & hybride

Les utilitaires électriques sont-ils prêts à convaincre les professionnels ?

Par Maxime
6 minutes

Un marché en pleine évolution sous le regard attentif des flottes professionnelles


La mobilité des entreprises change de visage. Face à la transition énergétique et aux zones à faibles émissions (ZFE) qui se multiplient dans les agglomérations, l’utilitaire électrique s’impose de plus en plus comme une alternative crédible à la motorisation thermique pour les artisans, PME, collectivités et grands groupes. Mais ce bouleversement est-il au point de répondre aux exigences des pros du terrain – livraison urbaine, logistique régionale, dépannage ou chantiers ? Carnetnomade.com fait le point sur la maturité de l’offre, les avantages réels, les freins encore présents et le retour d’expérience de ceux qui franchissent le pas.

Une offre d’utilitaires électriques qui s’élargit


Le segment des véhicules utilitaires légers (VUL) électriques a bien changé depuis les pionniers, où seuls quelques fourgons compacts tentaient l’aventure zéro émission. Les constructeurs généralistes – Renault, Peugeot, Citroën, Mercedes ou Ford, mais aussi Maxus et Nissan – proposent aujourd’hui des gammes allant du petit fourgon de livraison urbaine jusqu’aux grands formats capables de transporter plus de 1 tonne, avec des volumes utiles de 3 à 17 m³.

En 2023, plus d’un VUL électrique sur dix immatriculé en France, selon l’Avere, atteste la montée en puissance du secteur, notamment portée par un élargissement de la palette :

  • - Fourgonnettes urbaines, idéales pour la livraison du dernier kilomètre (Renault Kangoo E-Tech, Peugeot e-Partner, Citroën ë-Berlingo…).

  • - Fourgons et fourgons compacts (Renault Master E-Tech, Fiat E-Ducato, Mercedes eSprinter…), avec des autonomies dépassant parfois les 300 km WLTP.

  • - Pick-ups et bennes électriques pour les collectivités ou métiers du BTP (modèles sur base Master, Ducato, Daily…).

  • - Véhicules spécifiques (plateaux, frigos, TPMR, caisses grand volume…) proposés par des carrossiers adaptant désormais leurs solutions à l’électrique.

Les utilitaires neufs sont accompagnés par une offre croissante en leasing, LLD, location « saisonnière » et quelques rares occasions issues de contrats de flotte récents.


L’autonomie et les usages : la grande question


L’autonomie reste le point-clé pour un utilitaire électrique. Bien que les derniers modèles annoncent 200 à 400 km sur papier, la réalité d’utilisation – selon la charge transportée, la conduite et les accessoires embarqués (climatisation, portes latérales électriques, hayons…) – peut diminuer significativement cette valeur.

Pour les tournées de livraison urbaine ou périurbaine, la recharge quotidienne au dépôt s’intègre généralement sans difficulté, d’autant que de nombreux pros effectuent moins de 150 km par jour en zone urbaine – segment où l’électrique excelle désormais.

Pour les missions interurbaines ou l’artisanat rural, le calcul de l’autonomie utile et la présence de bornes sur le territoire deviennent des prérequis à toute transition. Certains constructeurs proposent plusieurs capacités de batterie, permettant d’adapter le véhicule à l’usage : plus lourd et plus cher avec une batterie de 80 kWh, ou plus léger avec 50 kWh mais autonomie corrélativement réduite.


Temps de recharge : entre contrainte et opportunité


La recharge rapide progresse et l’installation de bornes accélérées (22 à 50 kW) dans les entreprises simplifie l’opération, de même que l’accès grandissant à des infrastructures publiques. Mais la pause-recharge (de 30 mn à 6 h selon puissance) reste à intégrer dans l’organisation. Nombre d’artisans s’appuient sur la recharge de nuit au dépôt, tandis que les livreurs urbains privilégient la rotation du véhicule et la recharge pendant les créneaux creux.

L’autonomie en conditions hivernales, le partage des points de charge avec des véhicules personnels et le dimensionnement des infrastructures sont autant de défis pour les gestionnaires de flotte.


Coûts : une équation à (re)poser sur le long terme


L’un des leviers majeurs pour passer à l’utilitaire électrique, c’est le coût total de possession (TCO). Si l’achat à neuf est encore plus élevé (jusqu’à +25 % par rapport à l’équivalent diesel ou essence hors primes), les aides à l’achat (bonus écologique, primes à la conversion) réduisent l’écart, notamment pour les petites structures.

Les principaux gisements d’économies apparaissent sur :

  • - L’énergie : coût du « plein » électrique 3 à 5 fois inférieur à un plein diesel pour 100 km.

  • - L’entretien : absence d’huile, d’embrayage, de courroie, de FAP… Révisions moins fréquentes, usure des freins ralentie par la régénération.

  • - Les exonérations de TVS et de certaines taxes locales pour les pros.

  • - Un risque de décote maîtrisé dans un contexte de durcissement réglementaire sur le thermique.

Reste la question du financement initial : le leasing avec loyer maîtrisé, la location longue durée (LLD) et l’investissement sur la valeur résiduelle rassurent désormais les gestionnaires de parc sur la transition électrique.


Entretien, fiabilité et adaptation : le zéro émission tient-il le choc ?


Les retours concrets d’utilisateurs soulignent une réelle robustesse des VUL électriques pour un usage intensif en ville : moins de problèmes mécaniques, des arrêts atelier généralement réduits et un ressenti agréable à la conduite (silence, puissance immédiate, confort accru pour les arrêts multiples).

L’adaptation de l’électrique à certains métiers est désormais une réalité – frigoristes, fleuristes, artisans, restauration, services à la personne. Attention cependant : les utilitaires 100 % électriques affichent souvent une charge utile légèrement réduite en raison du poids des batteries, et certains équipements (hayon, aménagements spécifiques) doivent être compatibles en 12V.

Le suivi technique, la formation des conducteurs à l’écoconduite, l’anticipation de la recharge et la gestion logicielle de flotte font désormais partie de l’offre globale des concessionnaires et partenaires spécialisés.


Freins persistants et limites à l’adoption massive


Si la maturité de l’offre permet d’ores et déjà de répondre à de nombreux métiers, plusieurs points de blocage subsistent :

  • - L’absence d’utilitaires électriques à très grande autonomie (plus de 400 km réel) pour certains métiers itinérants et livraisons longue distance.

  • - Le prix d’achat encore élevé, particulièrement pour les grands volumes et les versions lourdes.

  • - La rareté de points de recharge rapide dans certains territoires, même si le maillage progresse rapidement.

  • - Les contraintes liées à la charge utile réduite et à l’implantation d’infrastructures électriques dans les dépôts anciens.

  • - Le manque d’offre sur certains marchés de niche (TPMR, frigo lourd, benne-grue, etc.).


Retours de terrain : des entreprises convaincues… mais exigeantes


Chez CoursyTrans, société de livraison urbaine à Bordeaux : « Sur nos trois utilitaires électriques, aucun souci côté maintenance ou autonomie en ville, c’est le bon choix pour le quotidien zéro émission. Seule la logistique des weekends chargés nous demande une planification des recharges, » confie la responsable de flotte.

Un artisan plombier parisien témoigne : « Pour mes tournées, ne pas s’inquiéter de la pollution ou des restrictions ZFE, c’est un atout. Je planifie la recharge chaque soir au dépôt, mais surveille la dégradation de l’autonomie l’hiver. »

Les grands comptes et sociétés de location soulignent toutefois la nécessité d’une adaptation rapide à la diversité des usages : « Il manque encore des solutions ‘électriques’ pour les caisses grand volume ou les véhicules de dépannage puissants. Notre flotte mixe donc thermique et 100% électrique, selon la mission. »


L’électrique, atout pour la transition et la compétitivité


Entre image responsable, obligations réglementaires locales, pression croissante des donneurs d’ordre et réels avantages économiques à long terme, l’utilitaire zéro émission devient un levier de distinction et d’anticipation pour les professionnels. Les aides publiques et des offres locatives attractives aident à franchir le cap, notamment dans les secteurs soumis à calendrier de « verdissement » (livraison alimentaire urbaine, services généraux des collectivités…).

L’accès aux centres-villes, la possibilité de circuler lors des restrictions de pollution, les stationnements à tarif réduit ou encore le silence de fonctionnement sont autant d’arguments tangibles mis en avant par les premiers utilisateurs.


Points clés à vérifier avant de passer à l’utilitaire électrique


  • Analyser précisément les tournées : kilométrage, charge utile, type de clientèle.

  • Prévoir l’installation de bornes adaptées au dépôt ou privilégier la recharge sur site client.

  • Étudier les offres avec maintenance incluse et formation à l’électromobilité.

  • Comparer le TCO global avec celui d’un utilitaire thermique selon la durée de détention.

  • Anticiper la valorisation ou le reclassement éventuel du véhicule après contrat de location.


En résumé : les utilitaires électriques s’imposent progressivement mais n’ont pas dit leur dernier mot


L’utilitaire léger électrique n’est plus un pari réservé aux pionniers. Il couvre aujourd’hui la plupart des besoins urbains et périurbains des pros, avec une robustesse et des économies qui convainquent un nombre croissant d’entreprises. Si l’équation reste plus complexe pour les usages intensifs longue distance ou certains métiers spécialisés, les progrès réguliers des batteries, le développement accéléré des infrastructures de recharge et la dynamisation des offres commerciales rendent la bascule toujours plus accessible et pertinente.

À l’heure où la pression réglementaire et environnementale s’intensifie, les pros qui testent dès maintenant l’électrique se placent en avance, tout en pesant avec justesse l’adéquation entre la technologie et leurs contraintes réelles. Précurseurs, mais plus si isolés : l’utilitaire électrique, une solution de plus en plus concrète pour accompagner la révolution verte des flottes professionnelles.

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