Électrique & hybride

Rénovation des anciennes voitures : la conversion à l’électrique, mode d’emploi

Par Maxime
6 minutes

Une nouvelle vie pour les anciennes : pourquoi convertir son véhicule thermique à l’électrique ?


À l’heure où la mobilité électrique gagne du terrain et où les restrictions de circulation visent de plus en plus les véhicules thermiques anciens, de nombreux passionnés et automobilistes nostalgiques cherchent une alternative à la casse de leur jeune- ou vieille-timer. Le "retrofit électrique" – ou conversion d’une voiture essence ou diesel en électrique – se présente comme une solution durable et enthousiasmante, permettant de concilier patrimoine roulant et respect de l’environnement. Mais concrètement, comment s’y prendre, quelles sont les étapes clés et quels avantages réels à attendre ? Carnet Nomade décrypte ce marché en plein essor.


Le retrofit, qu’est-ce que c’est ?


Le retrofit désigne, en automobile, la modification d’un véhicule thermique existant en remplaçant son moteur et ses organes liés (boîte, réservoir, ligne d’échappement) par une motorisation électrique et des batteries modernes. L’idée n’est pas nouvelle – des pionniers bricolaient déjà dans leur garage dès les années 2000 –, mais la pratique s’est structurée en France après la publication du cadre légal en 2020, donnant naissance à une véritable filière professionnelle. Cette conversion permet de "verdir" l’usage d’une auto classique ou populaire tout en prolongeant son existence sur les routes.


Quels véhicules peut-on convertir ?


Théoriquement, presque toutes les voitures immatriculées depuis plus de 5 ans sont éligibles. Dans les faits, les modèles à chassis simple (Citroën 2CV, R5, Peugeot 205, combis Volkswagen, Mehari, Mini, youngtimers des années 80-90) se prêtent le mieux à la conversion : leur poids raisonnable et leur mécanique basique facilitent l’intégration d’un kit électrique. Certains oldtimers plus hauts de gamme (Jaguar, Porsche, Mercedes coupé...) sont aussi recherchés, autant pour leur style que pour leur valeur patrimoniale.


Les utilitaires et camping-cars, qui profitent d’un usage de ville ou régional, sont également de bons candidats, tout comme certaines motos, camions et même bus, signe que le phénomène dépasse le seul monde de la collection.


Le cadre juridique : que dit la loi en France ?


Depuis le 3 avril 2020, un arrêté spécifique encadre le retrofit électrique à la française. Les conversions doivent être réalisées par des professionnels agréés – le "garagiste du coin" n’est plus habilité sans homologation. Après transformation, le véhicule doit passer le contrôle d’un organisme certificateur (UTAC, DREAL...) qui vérifie la conformité du kit, de l’installation des batteries, de l’électronique et de la sécurité. Un nouveau certificat d’immatriculation (carte grise) "énergie électrique" est alors délivré, valable dans toute la France et donnant accès à la vignette Crit'Air 0. 


Le déroulé d’une conversion pas à pas


  1. Le bilan de faisabilité : le professionnel étudie le véhicule (poids, espace, état général, état châssis et freins), pour s’assurer qu’il pourra recevoir le kit choisi.

  2. Dépose du groupe motopropulseur thermique : tout ce qui concerne l’essence ou le diesel est retiré : moteur, boîte de vitesses (parfois conservée pour raisons techniques), circuit d’échappement, réservoir.

  3. Intégration du moteur électrique : généralement placé à la place du moteur d’origine et couplé à la transmission existante ou via un adaptateur spécifique.

  4. Implantation des batteries : sur mesure ou sous forme de modules standards, souvent installées dans le coffre, sous le siège arrière ou à la place du réservoir.

  5. Intégration de l’électronique de puissance : chargeur, onduleur, indicateurs spécifiques, prise de recharge type 2 ou 3, coupe-circuit sécurité.

  6. Vérification des organes de sécurité : isolation, freinage, suspensions et équilibrage éventuel ; parfois renforcement du freinage à cause du surpoids des batteries.

  7. Homologation et passage en DREAL, puis changement de carte grise : étape obligatoire pour rouler en toute légalité.

Quel coût ? Combien de temps pour être sur la route ?


Le prix d'une conversion varie selon la complexité du véhicule, la capacité de batterie (et donc l’autonomie visée) et le niveau de finition choisi. Il faut compter en 2024 :


  • De 12 000 à 18 000 euros pour une citadine, 2CV ou R5, avec environ 100 km d’autonomie.
  • Jusqu’à 25 000 euros pour un modèle premium ou une grande routière.
  • La main d’œuvre : entre 80 et 120 heures de travail selon la préparation nécessaire.
  • Les frais d’homologation et d’ingénierie : certification, dossier, passage en DREAL.

Certaines mises à jour récentes proposent même des kits clef en main homologués, qui abaissent d’environ 10 % la facture, en particulier sur les modèles stars (2CV, Mehari, combi VW, anciennes Mini...). Il faut compter en moyenne de six semaines à trois mois entre la commande et la livraison de la voiture prête à rouler.


Autonomie, recharge, utilisation au quotidien 


La capacité des batteries installées en retrofit varie habituellement de 10 à 25 kWh. Cela confère aux voitures ainsi électrisées une autonomie de 70 à 200 km selon l’usage : largement suffisant pour les trajets quotidiens, petites balades ou balades urbaines, mais à nuancer pour de longs voyages.
La recharge s'effectue sur prise domestique, wallbox ou borne publique, via un connecteur type 2 ou 3. Le temps de charge est compris entre 4 et 8 heures selon la capacité retenue.
L’usage est radicalement transformé : silence de marche, zéro émission, coûts d’entretien minimisés (plus de vidange, courroie ou échappement) et accés instantané à toutes les zones ZFE (zones à faibles émissions).


Quelles aides et accompagnements disponibles ?


L’etat français subventionne le retrofit par une prime nationale pouvant atteindre 5 000 euros, en complément de certaines incitations locales (villes, régions, métropoles proposant ZFE). Certaines municipalités (Paris, Lyon, Nice, Strasbourg...) ajoutent même une prime supplémentaire pour la conversion au profit de la mobilité durable. Le dispositif est cumulable avec les aides classiques pour le remplacement des vieux diesel, sous conditions de ressources pour certaines catégories.


Avantages et limites du retrofit électrique


  • Respect de l’originalité : la voiture garde son style, sa plaque d’origine et sa personnalité.
  • Patrimoine valorisé : la côte d’un modèle emblematique adapté électrique souvent monte – ou, à tout le moins, le rend utilisable dans les villes durcies.
  • Usage simplifié : accès à toutes les zones urbaines et restrictions anti-pollution.
  • Coût d'entretien réduit : moins de pièces d'usure, entretiens espacés, assurance parfois moins chère (voir notre catégorie Assurance & budget).
  • Limites principales : autonomie limitée, poids accrû, obligation de conserver parfois certains éléments d’origine (freins, transmissions...), coût initiaux élevés pour petits budgets.
  • Réversibilité : la transformation peut être réversible, si on souhaite revenir à une configuration 100 % d’origine (notamment sur les modèles de collection).

Quelques acteurs et exemples phares du retrofit en France


Le marché s’est structuré autour de plusieurs acteurs : Transition-One, Retrofuture, Ian Motion, REV Mobilities et d’autres proposent des kits homologués pour des dizaines de modèles. Les "grands classiques", de la 2CV à la Fiat 500 en passant par la Twingo, le combi VW ou la Peugeot 504, sont désormais facilement éligibles. Certains garages proposent également la conversion sur des utilitaires ou bus scolaires pour collectivités et petites entreprises.


Quel futur pour le retrofit en France ?


Si le nombre de conversions reste encore modeste à l’échelle nationale (quelques milliers de véhicules seulement), la demande se structure ; les listes d’attente s’allongent et la filière progresse en compétence, réduisant les délais et coûts pour les années à venir. La dimension émotionnelle de la voiture ancienne, alliée à un usage réel en ville ou à la campagne, promet de voir se généraliser cette pratique dans l’esprit d’une économie circulaire et patrimoniale.
Le retrofit contribue à une mobilité plus durable, offre une alternative à la casse obligatoire et participe à la réduction effective du bilan carbone du secteur automobile.


En synthèse : passer à l’électrique sans sacrifier sa voiture de cœur


Le retrofit électrique transforme en profondeur la place de la voiture ancienne : il la fait entrer dans l’ère moderne sans nostalgie amère ni renoncement à l’usage. Sécurisé et encadré, accessible à de plus en plus de modèles, il ouvre la voie à une mobilité plus propre, plus inclusive et plus émotive. Pour le grand public, c’est le moyen de red écouvrir le plaisir de conduire autrement – un mélange unique de saveur vintage et de modernité responsable.
En respectant les étapes, en se tournant vers les réseaux professionnels qualifiés et en bénéficiant des aides disponibles, la conversion à l’électrique d’une ancienne devient un projet réaliste, qui promet une authentique nouvelle vie à nos autos de caractère.

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