L’achat de voitures à l’étranger séduit de plus en plus d’automobilistes français
Face à la hausse continue des prix sur le marché de l’automobile en France, nombreux sont ceux qui se tournent vers l’étranger avec l’espoir de réaliser d’importantes économies. Les annonces sont alléchantes : modèles identiques affichés parfois 20 % à 40 % moins cher, choix plus vaste, configurations introuvables dans l’Hexagone… Mais acheter au-delà des frontières est-il vraiment synonyme de bonne affaire ? Avant de céder à la tentation des véhicules d’occasion allemandes, italiennes ou belges, quelques éclairages s’imposent pour éviter désillusions et surcoûts.
Pourquoi les voitures sont-elles souvent moins chères à l’étranger ?
Le marché automobile européen reflète de grandes différences de fiscalité, de préférences nationales, mais aussi de rotation des parcs. En Allemagne, où le leasing est roi et où la flotte d’entreprise se renouvelle tous les deux à trois ans, les occasions sont abondantes, souvent bien équipées et bien entretenues. Beaucoup d’acheteurs allemands privilégient des modèles haut de gamme ou bardés d’options, vite revendus après un usage court.
- La fiscalité avantageuse chez certains voisins : la TVA, l’absence ou la faiblesse de taxes sur les véhicules puissants et l’amortissement différent modifient sensiblement les prix finaux.
- L’offre pléthorique des marchés comme l’Allemagne ou la Belgique, avec un stock renouvelé et une concurrence forte entre concessionnaires et mandataires.
- La valorisation moindre de l’occasion dans certains pays, où l’on change de voiture plus souvent qu’en France.
Résultat : une Audi A4 TDI, une BMW Série 3 ou un Volkswagen Tiguan, affichent souvent 3 000 à 8 000 € de différence pour un kilométrage et un équipement comparables. La tentation est forte, d’autant que les réseaux de mandataires « clés en main » fleurissent depuis une quinzaine d’années.
Quelles économies espérer ? Un calcul pas si simple…
L’écart affiché sur le papier doit cependant être relativisé. De nombreux frais viennent s’ajouter au prix d’achat nu à l’étranger :
- La TVA : pour une voiture neuve (<1 an et <6 000 km), la TVA est due en France, même si le prix payé à l’achat la comprend. Pour une occasion « vraiment d’occasion » (plus de 6 000 km et 6 mois), la TVA ne s’applique pas, mais gare à la définition stricte lors des contrôles.
- Le coût du transport : selon la distance et la formule choisie (ramener soi-même, convoyage, remorque…), le budget peut varier de quelques centaines à plus de 1 000 €.
- Les formalités administratives : certificat de conformité européen (COC), immatriculation provisoire, démarches auprès de l’ANTS, plaques d’export…
- L’homologation ou les modifications techniques : rares, mais possibles si le modèle diffère des normes françaises (feux, anti-brouillard, instruments en miles, etc.).
- Le malus écologique français : il frappe à l’immatriculation, même pour les modèles d’occasion importés, selon leur taux de CO2.
- Frais de dossier ou commission mandataire si vous passez par un professionnel.
En tenant compte de l’ensemble, l’économie réelle varie selon le modèle, la tranche de malus, le cours de la monnaie et la nature de la transaction (directe, via un mandataire ou une plateforme).
Les étapes clés de l’achat à l’étranger : mode d’emploi
Le process d’achat diffère sensiblement d’un achat « classique » en France. Quelques étapes incontournables :
- Trouver une annonce sur un site ou via un mandataire reconnu (Mobile.de, Autoscout24, concessionnaires officiels).
- Vérifier l’authenticité des papiers : carte grise (Zulassungsbescheinigung Teil II en Allemagne), carnet d’entretien tamponné, historique du véhicule (fuites, sinistres, expertises).
- Négocier à distance ou sur place, puis organiser le paiement ; l’acompte par virement SEPA est courant.
- Récupérer ou se faire livrer le véhicule. Attention aux plaques de transit (Kurzzeitkennzeichen en Allemagne) et à l’assurance temporaire pour le rapatriement.
- Obtenir le certificat de conformité européen (COC), souvent délivré par le constructeur moyennant frais.
- Réaliser le contrôle technique français (si le dernier date de plus de six mois ou n’est pas reconnu en France).
- Déposer un dossier auprès de l’ANTS avec justificatifs : carte grise étrangère, quitus fiscal (preuve de déclaration à la douane, même pour un particulier), COC, certificat de vente, contrôle technique.
La patience et la rigueur sont de mise : 4 à 8 semaines sont souvent nécessaires pour obtenir la carte grise nationale définitive.
Achat en direct ou via mandataire : les solutions et leur fiabilité
Deux grandes options : le « fait maison » pour les connaisseurs, ou la délégation totale à un professionnel spécialisés dans les imports.
- L’achat direct convient aux habitués, parfait germanophone ou familier d’anglais, capables de vérifier le véhicule sur place, d’analyser l’historique, d’évaluer son état et de gérer les formalités eux-mêmes.
- Le passage par un mandataire ou courtier facilite la procédure, moyennant des frais (environ 1 000 à 2 500 €). Il s’occupe de la recherche, de la négociation, du rapatriement et parfois même de l’immatriculation. Il peut aussi offrir une extension de garantie spécifique.
Attention : tous les mandataires n’offrent pas le même niveau de sérieux. Privilégiez les acteurs historiques, vérifiez la réputation, contrôlez leur existence juridique (numéro SIREN, mentions légales), lisez les avis clients et exigez un contrat écrit précisant prix, délai, conditions de paiement, garanties et nature des prestations incluses.
Quels dangers et pièges à éviter ?
Le marché de l’importation automobile n’est pas exempt de risques. Quelques points de vigilance :
- Compteurs trafiqués : le risque existe partout, mais certaines études estiment qu’en Europe centrale et de l’Est, jusqu’à 20 % des véhicules importés affichent un kilométrage modifié.
- Historique flou : absence d’entretien documenté, sinistre non déclaré, carnet ou factures manquants.
- Arnaques à l’acompte : ne jamais envoyer d’argent sur des comptes louches ou pour une voiture qui semble trop belle pour être vraie.
- Garantie restreinte ou inapplicable : la garantie constructeur européenne doit être vérifiée pour chaque modèle (conditions, durée, couverture en France). Les extensions, souvent locales, ne suivent pas toujours le véhicule au-delà des frontières.
- Coût d’entretien et de pièces détachées spécifiques : attention à certaines motorisations ou options non diffusées en France, pour lesquelles le SAV sera plus long ou cher.
Il convient également d’anticiper un possible malus écologique sur les modèles importés, même d’occasion ; celui-ci se calcule à l’immatriculation française, non à la date de première mise en circulation.
Fiscalité et législation : ce que dit la loi française
L’Union européenne rend théoriquement simple le marché intra-UE, mais la loi et les règles fiscales françaises sont strictes :
- Le quitus fiscal est obligatoire, quelle que soit l’origine du véhicule en UE : il prouve que la TVA a été acquittée (ou n’est pas due) pour une voiture d’occasion.
- TVA à 20 % sur le neuf (< 6 mois ou < 6 000 km au jour de l’achat).
- Malus CO2 : il n’y a pas d’exonération pour l’occasion importée si la première immatriculation est postérieure à 2009. Ce point peut diminuer très fortement l’intérêt de certains modèles sportifs ou familiaux puissants.
- CT valide au moment de l’immatriculation (moins de 6 mois sauf dérogation).
Pour les voitures venant hors-UE (Suisse, Norvège, USA…), la démarche est beaucoup plus complexe (certains modèles nécessitent une homologation individuelle coûteuse et une mise aux normes).
Des économies… mais pas toujours garantis sur la durée
Au final, acheter à l’étranger permet, dans bien des cas, d’accéder à des véhicules mieux équipés ou plus attractifs financièrement que sur le marché national. Toutefois, l’écart se réduit lorsqu’on additionne tous les frais et contraintes administratives. Les clients les plus gagnants ? Ceux qui ciblent :
- Des modèles disposant d’une garantie européenne prise en charge en France
- Des finitions spécifiques, introuvables ou surcotées dans l’Hexagone
- Des motorisations faibles en CO2 (diesel dernière génération, hybrides, petites essences), peu pénalisées par le malus
- Les occasions récentes, provenant de concessionnaires officiels ou de réseaux de leasing
En revanche, les acheteurs de voitures puissantes, anciennes ou mal documentées courent le risque d’une économie fantôme, absorbée par les malus, les honoraires et des soucis de revente ou d’après-vente.
Que retenir avant de franchir le pas ?
- Simulez toujours le coût global (prix affiché + taxes, frais, transport, homologation, commissions éventuelles et immatriculation française).
- Renseignez-vous sur les garanties : seules les garanties constructeur "européenne" sont transférables sans restriction ; les extensions localisées ne suivent pas toujours.
- Privilégiez les professionnels connus ou les réseaux de constructeurs, pour éviter les mauvaises surprises côté factures et documents.
- Anticipez la revente : un modèle trop excentrique, une finition non diffusée en France ou une motorisation dépourvue de carnet d’entretien risquent de rebuter les acheteurs français ou de compliquer vos démarches futures.
- Vérifiez scrupuleusement l’origine et l’historique, idéalement à l’aide d’un rapport indépendant (CarVertical, Histovec, certificateur local).
Pour de nombreux profils, l’achat à l’étranger affiche encore de belles opportunités. Mais il exige préparation, calcul et sang-froid. Sachez que la sécurité de l’opération prime sur la seule économie à court terme !
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